Oksana Lepska : chez elle, sur scène et dans la vie

La carrière artistique de la soprano Oksana Lepska a débuté à un âge exceptionnellement jeune : elle a fait ses débuts au Carnegie Hall à seulement douze ans. Depuis, elle s’est produite à travers l’Europe, le Royaume-Uni et les États-Unis.

En 2018, son potentiel a attiré l’attention du Sequenda Opera Studio, qui l’a personnellement invitée à participer à une masterclass avec la mezzo-soprano Jennifer Larmore, une opportunité entièrement financée par Sequenda. Oksana décrit cette expérience comme « l’ouverture d’un nouveau monde ».

Elle est titulaire d’une licence en interprétation musicale de la Royal Academy of Music, suivie d’un master au Royal College of Music, obtenu avec mention. Elle a notamment remporté le premier prix du Concours national Mozart et la deuxième place du Concours international Pendine Voice of the Future.

Cette interview — en anglais — fait partie de la série de podcasts Opera Rising Stars de Sequenda, consacrée aux jeunes artistes qui façonnent l’avenir de l’opéra. 

Écoutez l’épisode complet sur Spotify

Vera Buffolo : En faisant des recherches sur votre carrière, je suis tombée sur une vidéo YouTube vue près de deux millions de fois, montrant une très jeune Oksana chantant « Con te partirò » dans une émission de télé-réalité lituanienne. Est-ce à ce moment-là que tout a commencé ?

Oksana Lepska : En partie. Je suis apparue pour la première fois à la télévision à l’âge de six ou sept ans. Cette performance a été l’un des moments clés de ma transition de la musique populaire vers le chant classique et lyrique. J’ai également participé à des émissions à Moscou, notamment « Minute of Glory » en Russie, lorsque j’avais environ onze ans. Cette performance a été remarquée à l’échelle internationale et m’a valu ma première invitation à me produire à New York, au Carnegie Hall. Après cela, j’ai continué à me développer artistiquement et j’ai participé à des projets en Lituanie, ce qui a été une expérience très importante pour moi. C’est à ce moment-là que j’ai clairement senti mon orientation vers la musique classique et l’opéra, et j’ai décidé de me concentrer pleinement sur le développement de ma voix dans cette direction.

VB : Avec le recul, cela doit être difficile de vous imaginer à l’âge de douze ans. À l’époque, aviez-vous déjà une idée précise de la voie que vous alliez suivre, ou cela s’est-il fait plus naturellement ?

OL : Cela m’a semblé très naturel et organique. Chaque projet en a entraîné un autre, et je me suis toujours sentie en phase avec ma voie. Quand j’étais plus jeune, je ne faisais pas que chanter, je jouais aussi du piano et je m’essayais à de nombreuses activités, comme la plupart des enfants. Mais le chant a progressivement pris le dessus. Tout me semblait clair parce que la vie me répondait : les gens me répondaient, ma voix me répondait. Mon cœur et mon intuition étaient en phase, et j’ai suivi ce sentiment. Même aujourd’hui, plusieurs années plus tard, je ressens toujours la même chose. Je suis très reconnaissante d’avoir trouvé cette voie et de l’avoir suivie.

VB : Il existe un proverbe africain qui dit qu’il faut tout un village pour élever un enfant. Peut-être faut-il aussi tout un village pour former un artiste. Pourriez-vous citer quelques personnes qui vous ont soutenue et qui ont fait la différence dans votre parcours ?

OL : Absolument. Tout d’abord, mon père a toujours été mon plus grand soutien. Dès le début, il a senti que quelque chose était différent, que la musique n’était pas seulement un intérêt, mais une véritable passion. Il m’a encouragée à étudier la musique sérieusement, à apprendre un instrument et à suivre une formation musicale appropriée. Il m’a également aidée pour tout ce qui concernait l’organisation : les concours, les candidatures, les concerts. Il a même écrit certaines des chansons que j’ai interprétées quand j’étais très jeune. Toute ma famille a toujours été là, pour discuter des prochaines étapes, des projets futurs et soutenir chacune de mes décisions. Je ne me suis jamais sentie seule. Ce sentiment de soutien est resté, même après mon départ à l’étranger. J’ai également beaucoup de chance d’avoir des amis, des mentors et des collègues qui ont énormément contribué à mon développement artistique. Devenir artiste est un processus collectif. Beaucoup de personnes y contribuent, que ce soit en enseignant, en écoutant, en encourageant ou simplement en étant présentes.

VB : J’aimerais également revenir sur l’année 2018, lorsque vous avez été personnellement invitée par notre directrice Luisa Mauro à participer à la masterclass avec la mezzo-soprano Jennifer Larmore. Que retenez-vous de cette expérience ?

OL : Je me suis sentie très privilégiée d’avoir été invitée. À l’époque, j’étudiais à la Royal Academy of Music et c’était ma première visite au Luxembourg. Dès le début, cette expérience m’a semblé spéciale. Jennifer était incroyablement chaleureuse, ouverte et encourageante. Je me sentais en sécurité pour explorer, essayer de nouvelles choses et être vraiment moi-même. Je me souviens être arrivée fatiguée par les représentations précédentes, mais m’être immédiatement sentie accueillie, comme si on m’avait prise dans les bras. Je me sentais comme chez moi. Nous avons travaillé intensément sur la musique, mais nous avons également eu de nombreuses conversations enrichissantes sur l’interprétation, la communication et la connexion avec le public. Ce qui m’a le plus marqué, c’est l’importance accordée à l’intention : il ne s’agit pas seulement de chanter magnifiquement, mais de comprendre ce que l’on veut exprimer à travers la musique. Ce fut une expérience enrichissante et ouverte d’esprit qui a considérablement contribué à mon développement artistique.

VB : Ce sentiment d’« appartenance » est exactement ce que Sequenda vise à créer : un espace calme et favorable où les artistes peuvent s’épanouir naturellement.

OL : C’était un endroit sûr pour expérimenter, surtout à une époque où je découvrais encore ma voix. J’y ai noué des amitiés qui ont duré, et même des années plus tard, je chéris encore cette expérience.

VB : Après avoir obtenu votre licence à la Royal Academy of Music, vous avez poursuivi vos études au Royal College of Music. Comment décririez-vous le rythme, la pression et l’inspiration liés aux études à Londres ?

OL : Londres est une ville incroyable, et y étudier est un immense privilège, mais aussi très exigeant. Le rythme est rapide, les attentes sont élevées et les horaires sont intenses. Vous êtes entouré de personnes extrêmement talentueuses, ce qui peut être à la fois inspirant et stimulant. Cet environnement vous pousse à vous développer, non seulement sur le plan musical, mais aussi sur le plan personnel. Vous apprenez qui vous êtes sous pression, comment faire face, comment garder les pieds sur terre. Malgré les défis, c’est un lieu propice à la découverte de soi et au développement artistique.

VB : Vous avez interprété des rôles majeurs tels qu’Alcina de Haendel et Mimì dans La Bohème de Puccini. Comment construisez-vous un personnage de l’intérieur ?

OL : Chaque rôle est différent. Alcina m’est venue très rapidement. Je n’ai eu que peu de temps pour me préparer. Dans ces situations, l’expérience personnelle est d’une aide précieuse. On puise dans les émotions que l’on connaît, dans les moments de transition ou de changement de sa propre vie. Mimì, en revanche, m’accompagne depuis l’âge de quatorze ans. C’est le rôle qui m’a fait tomber amoureuse de l’opéra. Sa préparation m’a semblé naturelle, car elle vivait en moi depuis des années. Je crois que chaque rôle commence par un lien avec quelque chose de personnel : une émotion, un souvenir, puis le personnage se développe avec le temps. Aucun rôle n’est figé, il évolue avec vous.

VB : Comment savez-vous que vous avez trouvé le bon équilibre entre votre propre personnalité et le personnage ?

OL : Quand cela semble naturel. Tout est écrit dans la partition et le texte pour une raison. Notre tâche consiste à respecter cela, puis à y ajouter notre propre sensibilité. Lorsque tout s’aligne, le temps semble passer très vite sur scène. Vous ne forcez rien. Vous réagissez.

VB : Avant de conclure, pourriez-vous nous donner trois ingrédients essentiels pour progresser dans cette profession ?

OL : Premièrement, faites confiance au processus. Acceptez tout ce qui se présente, les succès comme les déceptions, comme faisant partie de l’apprentissage. Deuxièmement, la curiosité. Gardez l’esprit ouvert, explorez et continuez à découvrir la musique et vous-même. Et troisièmement, la constance. Continuez. Continuez à apprendre, à créer, à croire, même lorsque les choses sont difficiles. Ne vous arrêtez pas.

Oksana Lepska: Being at home, on and off stage

Soprano Oksana Lepska’s artistic path began at an exceptionally young age: she made her Carnegie Hall debut at just twelve. Since then, she has performed across Europe, the United Kingdom and the United States.

In 2018, her potential caught the attention of Sequenda Opera Studio, which personally invited her to take part in a masterclass with mezzo-soprano Jennifer Larmore, an opportunity fully funded by Sequenda. Oksana describes the experience as “a new world opening up”.

She holds a Bachelor of Performance at the Royal Academy of Music, followed by a Master at the Royal College of Music, completed with Distinction. Her achievements include first prize at the National Mozart Competition and second place at the Pendine International Voice of the Future Competition.

This interview is part of Opera Rising Stars, Sequenda’s podcast series dedicated to young artists shaping the future of opera. Listen to the full episode on Spotify.


Vera Buffolo:
 While researching your career, I came across a YouTube video with almost two million views, showing a very young Oksana singing “Con te partirò” for a Lithuanian talent show. Was that the moment when everything began?

Oksana Lepska:
 Partly. I first appeared on television when I was six or seven years old. That performance was one of the key highlights in my transition from popular music to classical and operatic singing. I also took part in shows in Moscow, including “Minute of Glory” in Russia when I was around eleven. That performance was noticed internationally and led to my first invitation to perform in New York, at Carnegie Hall.

 After that, I continued to develop artistically and took part in projects in Lithuania, which was a very important experience for me. That was when I clearly felt the shift toward classical music and opera, and I decided to focus fully on developing my voice in that direction.

VB:
 Looking back now, it must be difficult to imagine yourself at twelve years old. At the time, did you feel that this path was already clear for you, or did it happen more naturally?



OL: 
It felt very organic and natural. Each project led to another, and I always felt aligned with where I was going. When I was younger, I didn’t only sing, I also played the piano and explored many activities, like most children. But singing gradually took the lead.

Everything felt clear because life responded: people responded, my voice responded. My heart and intuition were aligned, and I followed that feeling. Even today, many years later, I still feel the same way. I’m very grateful to have found this path and to have followed it.

VB:
 There’s an African proverb that says it takes a village to raise a child. Perhaps it also takes a village to raise an artist. Could you mention a few people who supported you and made a difference in your journey?



OL:
 Absolutely. First and foremost, my father has always been my greatest supporter. From the very beginning, he sensed that something was different, that music was not just an interest but my inner fire. He encouraged me to study music seriously, to learn an instrument, and to pursue a proper musical education.

He also helped with everything that required organisation: competitions, applications, performances. He even wrote some of the songs I performed when I was very young. My entire family has always been there, discussing next steps, future projects, and supporting every decision.

I never felt alone. That sense of support has remained, even after moving abroad. I’m also very lucky to have friends, mentors, and colleagues who have contributed enormously to my artistic development. Becoming an artist is a collective process. Many people contribute, whether through teaching, listening, encouraging, or simply being present.

VB: 
I’d also like to take you back to 2018, when you were personally invited by our director Luisa Mauro to join the masterclass with mezzosoprano Jennifer Larmore. What do you remember from that experience?



OL:
 I felt deeply privileged to be invited. At the time, I was studying at the Royal Academy of Music, and it was my first visit to Luxembourg. From the very beginning, the experience felt special. Jennifer was incredibly warm, open, and supportive. I felt safe to explore, to try new things, and to truly be myself.

I remember arriving tired from previous performances, yet immediately feeling welcomed, as if embraced. The environment felt like home. We worked intensely on music, but also had many meaningful conversations about interpretation, communication, and connection with the audience.

What stayed with me most was the emphasis on intention: not just singing beautifully but understanding what you want to say through the music. It was an open-minded, enriching experience that contributed significantly to my artistic development.

VB:
 That sense of “home” is exactly what Sequenda aims to create: a calm, supportive space where artists can grow naturally.



OL:
 It was a safe place to experiment, especially at a time when I was still discovering my voice. I made friendships that have lasted, and even years later, I still cherish that experience.

VB:
 After completing your Bachelor’s degree at the Royal Academy of Music, you continued your studies at the Royal College of Music. How would you describe the rhythm, pressure, and inspiration of studying in London?



OL:
 London is an incredible city, and studying there is a great privilege, but also very demanding. The pace is fast, the expectations are high, and the schedules are intense. You’re surrounded by extremely talented people, which can be both inspiring and challenging.

That environment pushes you to grow, not only musically but personally. You learn who you are under pressure, how to cope, how to stay grounded. Despite the challenges, it’s a powerful place for self-discovery and artistic development.

VB: 
You’ve performed major roles such as Alcina by Handel and Mimì in Puccini’s La Bohème. How do you build a character from within?



OL:
 Each role is different. Alcina came very quickly. I had only a short time to prepare. In those situations, personal life experience helps enormously. You draw from emotions you know, from moments of transition or change in your own life.

Mimì, on the other hand, has been with me since I was fourteen. She was the role that made me fall in love with opera. Preparing her felt natural, because she had lived inside me for years.

I believe every role begins with connecting to something personal: an emotion, a memory, and then letting the character grow over time. No role is fixed; it evolves with you.

VB:
 How do you know when you’ve found the right balance between your own personality and the character?



OL:
 When it feels effortless. Everything is written in the score and the text for a reason. Our task is to respect that, and then add our own sensitivity. When everything aligns, time seems to pass very quickly on stage. You’re not forcing anything. You’re responding.

VB:
 Before we conclude, could you share three essential ingredients for growth in this profession?



OL:
 First, trust the process. Accept everything that comes, success and disappointment, as part of learning. 

Second, curiosity. Stay open-minded, explore, and keep discovering both music and yourself.

 And third, consistency. Keep going. Continue learning, creating, believing, even when things are difficult. Don’t stop.

Privacy Preference Center